Thème

Plusieurs études en histoire du livre empruntent encore aujourd’hui à l’histoire politique les images de révolution et de conquête, même si d’excellents travaux tendent au contraire à montrer que l’évolution du livre se déroule sous le signe de la continuité et des transformations graduelles des formes et des pratiques. Récit véhiculé par la tradition orale, manuscrit, livre imprimé, journal, livre numérique : chaque incarnation, loin de remplacer la précédente, s’en nourrit. Tant les supports que les systèmes évoluent comme des gènes qui à la fois se perpétuent, se transforment et multiplient les recombinaisons tout en s’adaptant à leur environnement. Le congrès SHARP 2015 est une occasion, pour les chercheurs, de réexaminer l’histoire du livre selon cette perspective. L’histoire du livre peut-elle s’écrire en mettant en avant la labilité des formes et l’importance des phases de transition? Doit-on mettre l’accent sur les points de rupture, ou plutôt sur les générations et régénérations? Sur l’hérédité ou les mutations? De quelle manière les livres, tout comme les cultures qui leur sont associées, arrivent-ils à s’adapter et à se renouveler? Comment le modèle des transformations générationnelles éclaire-t-il l’histoire du livre? Et quelles sont les limites de son application? Y a-t-il encore des domaines dans lesquels un modèle de révolution serait encore approprié?

Le Canada, pays hôte du congrès, offre l’exemple manifeste d’un système-livre qui aurait évolué au rythme des transformations générationnelles. Comme le souligne l’Histoire du livre et de l’imprimé au Canada (Presses de l’Université de Montréal, 2004–7), les années 1960 marquent à la fois la résurgence de l’édition et la consolidation du statut de l’écrivain. Croissance de la population, prospérité, idéaux humanistes et décolonisation : voilà quelques facteurs qui auraient permis à la génération de l’après-guerre de concrétiser le projet de ses prédécesseurs, en s’appropriant les structures de production et de diffusion nécessaires à l’émergence de nouvelles formes d’imprimés. Le moment était venu de réinventer le monde en se réinventant soi-même. L’incarnation ultime de ce mouvement empreint d’optimisme fut Expo 67, l’exposition universelle qui fit de Montréal et des villes avoisinantes à la fois un centre de la culture québécoise et canadienne, ainsi qu’un lieu résolument ouvert sur le monde. Grâce aux actions d’une nouvelle génération de gens du livre, Montréal se posait dès lors comme un nouveau pôle éditorial. Cette petite révolution n’était en fait que l’aboutissement d’une longue série de transformations, plusieurs éditeurs ayant rêvé de cet accomplissement depuis l’établissement du premier imprimeur de Montréal en 1776, Fleury Mesplet.

Sujets

Le thème des générations et régénérations du livre peut être abordé sous au moins trois angles :

1. Évolution des supports et des formats :

  • Comment une œuvre se transforme-t-elle d’une édition à l’autre ou d’un support à l’autre?
  • En quoi le format d’un livre est-il tributaire d’un autre, en tout ou en partie?
  • Comment s’élaborent et s’interpellent les formats?
  • Quelles sont les influences et les forces extérieures à l’œuvre derrière la création des livres?
  • Quels sont les effets des changements générationnels sur les livres ainsi que sur l’ensemble du système-livre?

2. Émergence et adaptation des pratiques d’écriture, d’édition et de lecture :

  • Quels sont les courants d’influence révélés par la comparaison, dans le temps et dans l’espace, des contenus textuels et iconographiques, des genres et des procédés de production?
  • Dans quel milieu culturel, technologique ou politique une œuvre donnée a-t-elle émergé et circulé?
  • En quoi diffèrent les pratiques d’écriture, d’édition et de lecture associées à des époques, à des lieux et à des acteurs sociaux particuliers?
  • Comment les petites maisons d’édition et les grandes entreprises, voire les conglomérats médiatiques s’articulent-ils?
  • Comment la dimension juridique de l’industrie du livre (p. ex. le droit d’auteur, la censure) s’arrime-t-elle à des modes de production et de réception en pleine mutation?

3. Les transformations de l’histoire du livre en tant que champ de recherche :

  • En quoi l’histoire du livre est-elle placée sous le signe de la continuité ou du changement, notamment en regard des avancées informatiques?
  • En quoi l’histoire du livre s’articule-t-elle encore autour de la notion de lieu, qu’il s’agisse d’une ville, d’une région, d’un État ou d’un continent?
  • Le champ est-il en mesure de valoriser et de se nourrir des travaux de recherche publiés dans différentes langues?
  • Comment l’histoire du livre peut-elle mettre à contribution l’apport (méthodologique, conceptuel, etc.) d’autres disciplines?
  • Comment peut-elle prendre en considération l’apport des milieux professionnels et documentaires?

SHARP 2015-Appel à communications (PDF 462 Ko)