L’héritage des grands projets nationaux d’histoire du livre / Inheriting the National Histories of the Book

History of the Book in Canada : The View from Here

Carole Gerson, Simon Fraser University

National book history projects are both informative and provocative: informative for the resources they assemble and the knowledge they promote, and provocative for their omissions and limitations. The History of the Book in Canada / Histoire du livre et de l’imprimé au Canada (3 vols 2004-2007) provided a remarkable opportunity for a large community of researchers across the country to investigate myriad aspects of Canada’s print culture in an increasingly multicultural population. Their focal points included authorship, publishing, distribution, and reading. The project established a baseline for subsequent studies in areas that were revealed to be under-researched and it continues to inspire new scholarly investigations. Working in both official languages, HBiC/HLIC’s editorial team forged a model for bilingual scholarly dissemination, a format that is surprisingly rare in the humanities in Canada. At the national level, its three volumes and many offshoots have enriched Canadians’ knowledge about themselves; at the international level, the project has established the presence of a relatively small country within the realm of global book history. As international book history scholars become increasingly conscious of the need to situate their investigations within trans-national contexts, we invite them to consider Canada’s stories and examples.

Les projets de recherche portant sur une histoire du livre nationale sont à la fois informatifs et provocateurs : informatifs quant aux données qu’ils rassemblent et aux savoirs qu’ils diffusent, et provocateurs quant aux omissions et aux limites qui leur sont inhérentes. Le projet History of the Book in Canada/Histoire du livre et de l’imprimé au Canada (3 vol., 2004-2007) a constitué une occasion remarquable pour un grand nombre de chercheurs de partout au pays de se pencher sur quantité d’aspects de la culture de l’imprimé dans un contexte de plus en plus multiculturel. Ils se sont intéressés à la notion d’auteur, à l’édition, à la distribution et au lectorat. De plus, le projet a posé les bases d’études subséquentes portant sur des sujets qui se sont révélés sous-exploités et continue d’inspirer de nouveaux travaux. L’équipe de direction de HBiC/HLIC, qui travaillait dans les deux langues officielles, a instauré un modèle de diffusion bilingue des travaux de recherche, chose étonnamment rare dans le domaine des humanités au pays. Sur le plan national, les trois volumes publiés, ainsi que les nombreuses études auxquelles ils ont donné lieu, ont également enrichi la connaissance qu’ont les Canadiens de ce qu’ils sont. Sur le plan international, le projet a permis à un pays relativement modeste du point de vue de l’histoire mondiale du livre d’affirmer sa présence. Les historiens du livre étant de plus en plus conscients du fait qu’il leur faut situer leurs travaux dans des contextes transnationaux, nous les invitons à s’inspirer de ce qui s’est fait en la matière au Canada.

Carole Gerson is a professor in the department of English at Simon Fraser University in Vancouver, BC. With Jacques Michon, she co-edited volume 3 (1918-1980) of History of the Book in Canada / Histoire du livre et de l’imprimé au Canada. Her extensive publications on Canada’s literary and cultural history focus on women writers, including the Mohawk poet, Pauline Johnson. Her recent book, Canadian Women in Print, 1750-1918 (2010), which applies principles of print culture analysis to a wide range of authors, won the Gabrielle Roy Prize for Canadian criticism. In 2013 she received the Marie Tremaine medal from the Bibliographical Society of Canada.

Carole Gerson est professeure au département d’anglais de la Simon Fraser University, à Vancouver (Colombie-Britannique). Elle a codirigé, avec Jacques Michon, la publication du troisième volume (1918-1980) de History of the Book in Canada / Histoire du livre et de l’imprimé au Canada. Elle est en outre l’auteure de nombreux articles portant sur l’histoire littéraire et culturelle du Canada, plus particulièrement en ce qui a trait à la place qu’y occupent les écrivaines, dont la poète mohawk Pauline Johnson. Pour son plus récent livre, Canadian Women in Print, 1750-1918 (2010), dans lequel elle étudie l’œuvre d’écrivaines par des méthodes d’analyse propres à la culture de l’imprimé, elle s’est vu attribuer le prix Gabrielle-Roy récompensant des ouvrages de critique littéraire. La Société bibliographique du Canada lui a décerné la médaille Marie-Tremaine en 2013.

National Histories of the Book in a Transnational Age

Martyn Lyons, University of New South Wales

In the 1990s and 2000s, national histories of the book achieved a double milestone: firstly, they marked the coming to maturity of the sub-discipline of the history of the book itself, especially in English-speaking countries; at the same time they established landmarks in the cultural history of their own countries. My presentation will discuss the fate and the impact of national book histories from the point of view of the History of the Book in Australia, which I co-edited and to which I contributed several chapters. Two historiographical events have challenged the agenda of national book histories. The ‘transnational turn’ has thrown into question the fundamental framework which governed their conception and production. To a lesser extent, the growth of the digital humanities also makes a radical departure from the ‘traditional’ research methods of the 1990s. My presentation will assess the legacy of the History of the Book in Australia so far, and ask whether national book history has any role to play in the age of transnational approaches. I will suggest in answer to my own question that there remains a place at the table for all three levels – transnational, national and also micro-histories of the book.

 Les années 1990 et 2000 ont constitué des moments charnières pour les histoires du livre nationales : en premier lieu, ces deux décennies ont vu l’arrivée à maturité d’une sous-discipline de l’histoire du livre elle-même, surtout dans les pays anglophones; en second lieu, les histoires du livre nationales ont posé durant cette période des jalons de l’histoire culturelle de leurs pays respectifs. Dans ma présentation, j’aborderai le cheminement et les répercussions des histoires du livre nationales à partir de l’exemple de History of the Book in Australia, ouvrage que j’ai codirigé et dont j’ai écrit plusieurs chapitres. Deux phénomènes historiographiques sont venus mettre en cause la posture adoptée par les histoires du livre nationales. Le « virage transnational », d’abord, a remis en question le cadre fondamental qui régissait leur conception et leur réalisation. Dans une moindre mesure, l’essor des humanités numériques a quant à lui changé radicalement les méthodes de recherche « traditionnelles » des années 1990. Je retracerai les retombées qu’a eues History of the Book in Australia jusqu’à présent, pour ensuite poser la question du rôle éventuel d’une histoire nationale du livre à l’ère des approches nationales. La réponse que je formulerai ira dans le sens qu’il y a toujours de la place tant pour les histoires nationales et transnationales que pour ce qu’on pourrait appeler les micro-histoires du livre.

Martyn Lyons is Emeritus Professor of History in the School of Humanities and Languages at the University of New South Wales in Sydney. His research interests are in the history of reading and writing in Europe and Australia, and his most recent book was The Writing Culture of Ordinary People in Europe, c. 1860-1920 (Cambridge UP, 2013). He has contributed to collective national book histories including L’Histoire de l’Edition française; with John Arnold, he edited and contributed seven chapters to A History of the Book in Australia, 1891-1945: A National Culture in a Colonised Market (University of Queensland Press, 2001).

Professeur émérite d’histoire à la School of Humanities and Languages de la University of New South Wales (Sydney), Martyn Lyons mène des travaux de recherche sur l’histoire de la lecture et des pratiques d’écriture en Europe et en Australie. Il a récemment fait paraître The Writing Culture of Ordinary People in Europe, c. 1860-1920s (Cambridge University Press, 2013). Il a contribué à plusieurs ouvrages collectifs portant sur des histoires du livre nationales, parmi lesquels L’histoire de l’édition française. En collaboration avec John Arnold, il a dirigé A History of the Book in Australia, 1891-1945: A National Culture in a Colonised Market (University of Queensland Press, 2001), dont il a également signé sept des chapitres.

Internationalité du marché du livre et production locale : le cas du Québec

Jacques Michon, Université de Sherbrooke

Abordée pour la première fois dans la diversité de ses manifestations linguistiques et culturelles, l’histoire du livre au Canada tel que conçu dans le grand projet réalisé entre 2000 et 2007 a mis en évidence les facteurs transnationaux qui ont contribué à la façonner. Situé à la croisée de trois grandes zones d’influence politique et culturelle, française, britannique et américaine, le marché canadien du livre est caractérisé par une internationalité dont l’impact sur la production locale a été déterminant. Quinze ans après la publication des actes du colloque de Sherbrooke sur Les mutations du livre et de l’édition dans le monde du XVIIIe siècle à l’an 2000 / Worldwide Changes in Book Publishing from the 18th Century to the Year 2000 et moins de dix ans après la publication du dernier volume de l’Histoire du livre et de l’imprimé au Canada (HLIC), la tendance à privilégier la double approche nationale et extranationale s’est confirmée. La perspective centrée sur les facteurs internes et externes ressort clairement des travaux récents de jeunes historiens du livre notamment au Québec. Signés par plusieurs anciens membres de l’équipe de rédaction de l’HLIC, ces ouvrages ont permis de développer la réflexion sur les dimensions transnationales du marché du livre au Canada.

Broached for the first time in all its linguistic and cultural diversity, the history of the book in Canada, such as it was conceived in the major project that ran from 2000 to 2007, brought to the fore the transnational factors that have helped shape it. The Canadian book market is situated at the intersection of three great zones of political and cultural influence – French, British, and American. It is thus characterized by an internationality that has had a determining impact on local production. Fifteen years since the publication of the proceedings of the Sherbrooke Conference, Les mutations du livre et de l’édition dans le monde du XVIIIe siècle à l’an 2000 / Worldwide Changes in Book Publishing from the 18th Century to the Year 2000, and fewer than ten years since the publication of the last volume of History of the Book in Canada (HBiC), the tendency to privilege the double approach (national and extranational) has been confirmed. Recent works by younger book historians especially in Quebec clearly demonstrate the approach centred on elucidating both internal and external factors. Authored by several former members of the HBiC research team, these works have enabled further reflection on the transnational dimensions of the Canadian book market.

Jacques Michon, professeur émérite de l’Université de Sherbrooke, a été directeur du Groupe de recherche sur l’édition littéraire au Québec (GRÉLQ) de 1982 à 2006 et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire du livre et de l’édition de 2002 à 2008. Directeur de publication des trois volumes de l’Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle (1999-2010) et co-directeur avec Carole Gerson du volume III de l’Histoire du livre et de l’imprimé au Canada / History of the Book in Canada (2007). Récipiendaire de la Médaille Marie Tremaine 2004 de la Société bibliographique du Canada. Il a fait paraître plusieurs ouvrages sur l’histoire du livre et de l’édition: Édition et pouvoirs (1995), Fides, la grande aventure éditoriale du père Paul-Aimé Martin (1998) et, en collaboration avec Jean-Yves Mollier, Les mutations du livre et de l’édition dans le monde du XVIIIe siècle à l’an 2000 (2001).

Jacques Michon, professor emeritus at Université de Sherbrooke, was the director of the Groupe de recherche sur l’édition littéraire au Québec (GRÉLQ) from 1982 to 2006 and the Canada Research Chair in the history of the book and the history of publishing from 2002 to 2008. He edited Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle (1999–2010), and, with Carole Gerson, co-edited the third volume of History of the Book in Canada (2007). In 2004 he was awarded the Marie Tremaine Medal by the Bibliographical Society of Canada. He is the author of several books on book and publishing history: Édition et pouvoirs (1995), Fides, la grande aventure éditoriale du père Paul-Aimé Martin (1998) and, with Jean-Yves Mollier, Les mutations du livre et de l’édition dans le monde du XVIIIe siècle à l’an 2000 (2001).

National ou transnational, quel avenir pour l’histoire du livre ?

Jean-Yves Mollier, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Dans ce bref exposé programmatique, je reviendrai sur la naissance de l’Histoire de l’édition française (4 vol. publiés en 1982-1986) et sur la commande passée par un éditeur, Jean-Pierre Vivet, à Henri-Jean Martin, spécialiste de l’histoire du livre, qui recruta ensuite Roger Chartier pour répondre avec lui au défi intellectuel posé par cette proposition. Contingent par conséquent, relevant de ce que l’on appelle une « commande » éditoriale, ce projet allait cependant marquer l’ensemble de la communauté scientifique internationale et déboucher sur de multiples écritures « nationales » d’histoires du livre, de l’édition et de la lecture dans le monde. Aux deux derniers congrès des sciences historiques de Sydney en 2005, et Amsterdam en 2010, la question d’une écriture nationale ou transnationale du livre a été posée et elle le sera de nouveau à Jinan en août 2015, preuve de l’existence d’un véritable débat sur l’orientation fondamentale qui doit être la nôtre en histoire du livre.

Revenir sur l’origine des ces histoires nationales du livre qui ont fleuri dans le monde entre 1980 et 2010, les unes en un volume (l’Espagne), les autres en plus de vingt volumes (les îles britanniques), la plupart en trois ou quatre tomes (Australie, Canada, France), est indispensable si l’on veut accepter de prendre en compte à la fois le caractère extérieur à la communauté scientifique de l’impulsion initiale et la surenchère « nationale » qu’il provoqua. Même s’il est de bon ton de passer sous silence ces aspects les moins nobles de l’histoire de notre discipline, on ne peut en faire l’économie ni omettre de s’interroger sur la subsistance, à la fin du XXe siècle, de rivalités entre chercheurs et, peut-être, « écoles nationales » en matière d’histoire du livre.

En examinant les résultats des congrès des sciences historiques de Sydney et d’Amsterdam en la matière et en prenant en compte les congrès régionaux et internationaux de SHARP qui ont abordé ces thématiques dans les années 2000-2010, notamment les congrès de Rio de Janeiro et de Monterey, on essaiera de montrer comment la perspective internationale a modifié les perspectives passées et réorienté la discipline vers une approche davantage transculturelle, difficile à mettre en œuvre mais prometteuse pour l’avenir. A sa manière, ce changement de cap, ou de paradigme, s’inscrit dans une perspective d’histoire globale qui remet en cause les frontières et leur pertinence pour comprendre les phénomènes de transferts culturels. Des recherches comme celles d’Isabel Hofmeyr sur la traduction de Pilgrim’s Progress en Afrique, de Claire Parfait sur la diffusion internationale de Uncle Tom’s Cabin et d’autres travaux sur la lecture de Dumas père en Amérique du Sud de son vivant permettent déjà de voir en quoi la nouvelle approche transnationale et transculturelle modifie en profondeur la perspective initialement adoptée.

In this brief and programmatic account, I will cast back to the birth of Histoire de l’édition française (4 vol., 1982–1986) and to the proposal that passed from a publisher, Jean-Pierre Vivet, to Henri-Jean Martin, a specialist in the history of the book, who then recruited Roger Chartier to help him respond to this intellectual challenge. Thus contingent, and springing from what one would call an in-house editorial “order,” this project would nevertheless go on to leave its mark on the whole international scholarly community, leading to multiple “national” texts throughout the world on the histories of books, publishing, and reading. At the two last congresses of the International Committee of Historical Sciences (ICHS), in Sydney (2005) and Amsterdam (2010), the question of writing a national or a transnational history of the book was posed, and it will be posed again at Jinan in August 2015. This is proof of the existence of a genuine debate over the fundamental orientation that we should adopt as book historians.

It is crucial to return to the origin of these national histories of the book, which came into flower between 1980 and 2010, some in one volume (Spain), others in more than twenty (the British Isles), most in three or four (Australia, Canada, France). It is crucial, if one wishes to take into account both the exterior character of the initial impulse with respect to the scholarly community and the “national” one-upmanship that it provoked. Even if it is polite not to mention these less noble aspects of the history of our discipline, one cannot fail to do so, nor fail to wonder about the existence, at the end of the twentieth century, of rivalries between researchers and perhaps “national schools” in the history of the book.

By examining the results of the Sydney and Amsterdam ICHS congresses on the subject, and by taking note of the SHARP regional and international conferences that have tackled these themes from 2000 to 2010 (notably the conferences in Rio de Janeiro and Monterey), this paper will attempt to show how the international perspective has modified past perspectives and reoriented the discipline toward a more transcultural approach, difficult to implement but promising for the future. In its own way, this change of course or of paradigm is part of a perspective of global history that questions borders and their pertinence in understanding phenomena of cultural transfer. Works such as Isabel Hofmeyr’s on the translation of Pilgrim’s Progress in Africa, Claire Parfait’s on the international diffusion of Uncle Tom’s Cabin, and others on the reading of Dumas, Sr., in South America during his lifetime already permit us to see how the new transnational and transcultural approach is profoundly modifying the perspective that was initially adopted.

Professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, ex-directeur et cofondateur du Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines, Jean-Yves Mollier est aussi l’auteur de nombreux livres sur l’histoire du livre, de l’édition et de la lecture dans le monde du XVIIIe siècle au XXIe. Parmi ces plus récents ouvrages, citons Histoire de la Libraire Larousse (1852-2010) qu’il signe avec Bruno Dubot (Fayard, 2012) et La mise au pas des écrivains. L’impossible mission de l’abbé Bethléem au XXe siècle (Fayard, 2014).

Professor of contemporary history at Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, co-founder and former director of the Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines, Jean-Yves Mollier is also the author of numerous books on the history of the book, of publishing, and of reading in the world from the eighteenth to the twenty-first century. Among his more recent works are Histoire de la Libraire Larousse (1852–2010), co-authored with Bruno Dubot (Fayard, 2012); and La mise au pas des écrivains. L’impossible mission de l’abbé Bethléem au XXe siècle (Fayard, 2014).

Looking Backward to the Future

Michael Winship, University of Texas at Austin

My thought was to begin by giving a brief account of the emergence of book history as a discipline in the US, leading up to the plan to publish a collaborative, multi-volume history of the book in the United States (HBA) that was based at and sponsored by the American Antiquarian Society. The focus of my talk will be to summarize the discussions during 1990s by the HBA editorial board that centered around four questions:

  • Media: what do we mean by “the book”?
  • Geography: what do we mean by America?
  • Historiography: what kind of history is the history of the book?
  • Periodization: how should we organize the volumes?

I don’t know that we ever achieved consensus on the answers to these questions but, in retrospect, I believe that our discussions set the agenda for the series as it finally appeared in print as A History of the Book in America over the following decade – the choice of the indefinite article was intentional. I should stress that my remarks will carry no authority beyond being based on my own memories and perspectives based on my participation on the editorial board.

In conclusion, by revisiting each of these questions, my thought was to revisit each of these issues to reflect on the successes and failures of the published series and how these questions might fruitfully be answered today as we write new and different book histories. In particular, I plan to point how future book histories in the US might benefit from the perspective of media studies and the digital humanities, greater engagement with questions of race and ethnicity, and from closer attention to the economics of the book trades, especially as related to distribution and accessibility (St Clair). I suppose that we all agree – as books are seldom respecters of borders – that the national paradigm has served its purpose, but what other frameworks might prove useful? In addition to the transnational “turn,” I also suspect that a focus on the local offers great promise, as in James Raven’s recently published Panizzi lectures.

J’ai pensé amorcer ma réflexion en revenant brièvement sur l’émergence de l’histoire du livre en tant que discipline aux États-Unis, ce qui allait mener au projet collaboratif de publication d’une histoire du livre aux États-Unis/A History of the Book in America (HBA) en plusieurs volumes sous l’égide de la American Antiquarian Society. Ma présentation sera axée sur les discussions qui avaient cours au comité de rédaction de HBA au cours des années 1990, discussions qui tournaient autour des quatre enjeux suivants :

  • Le média : Qu’entend-on par « le livre »?
  • L’espace géographique : Qu’entend-on par « Amérique »?
  • L’historiographie : Quel genre d’histoire l’histoire du livre est-elle?
  • La périodisation : Quelle devrait être l’organisation des volumes?

Nous n’en sommes sans doute jamais arrivés à de véritables consensus, mais, en rétrospective, je crois que nos discussions ont permis d’énoncer le programme des ouvrages, qui allaient paraître sous l’intitulé A History of the Book in America au cours de la décennie suivante (le choix de l’article indéfini – A History/Une histoire – étant tout à fait intentionnel). Je préciserai que mes remarques se fondent strictement sur mes propres perspectives et sur mes souvenirs relativement à ma présence au comité de rédaction de HBA.

Le fait de revenir sur chacune de ces questions que nous nous posions alors me permettra d’examiner les succès et les échecs qu’a connus la publication en plusieurs volumes et d’entrevoir les réponses qu’on pourrait formuler de nos jours, dans le contexte où nous écrivons de nouvelles histoires du livre. Plus précisément, j’entends insister sur l’avantage qu’il y aurait, pour d’éventuelles histoires du livre aux États-Unis, à prendre en compte les perspectives des études médiatiques et des humanités numériques, et à s’intéresser davantage à la question de l’ethnicité et à celle de l’économie du livre, surtout en ce qui a trait aux enjeux de distribution et d’accessibilité (St Clair). Je présume que nous sommes tous d’accord (les livres faisant la plupart du temps fi des frontières) pour dire que le paradigme national aura eu son utilité, mais quels autres cadres pourraient-ils s’avérer féconds dans l’avenir? Il y a le « virage » transnational, certes, mais je soupçonne qu’on gagne beaucoup aussi à se pencher sur ce qui est près de nous, comme en témoignent les conférences Panizzi données par James Raven et publiées récemment.

Michael Winship is the Iris Howard Regents Professor of English II at the University of Texas at Austin. He edited and completed the final three volumes of Bibliography of American Literature (1955-91) and is the author of American Literary Publishing in the Mid-Nineteenth Century: The Business of Ticknor and Fields (1995). He also served as an editor of and contributor to the 5-volume A History of the Book in America (2000-2010) and has published extensively on American literary publishing of the industrial era.

Michael Winship est professeur d’anglais titulaire de la chaire Iris Howard Regents II à la University of Texas à Austin. Il a dirigé les trois derniers volumes de Bibliography of American Literature (1955-91) et est l’auteur de American Literary Publishing in the Mid-Nineteenth Century: The Business of Ticknor and Fields (1995). Il a contribué à A History of the Book in America (2000-2010) en cinq volumes, dont il a également codirigé la publication, et a à son actif de nombreuses publications portant sur l’édition littéraire américaine à l’ère industrielle.